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Nucléosides
Structure et classification

Sommaire
définition

Les nucléosides sont des molécules composées d'une base azotée liée au carbone 1' d'un pentose, mais sans groupe phosphate contrairement aux nucléotides.

Structure générale des nucléosides

1. Les nucléosides sont composés :

a. d'une base hétérocyclique azotée (nucléobase), responsable des propriétés d’appariement et de reconnaissance moléculaire dans les acides nucléiques :

b. d'un pentose, ose à 5 carbones,

2. Le carbone 1' du pentose est lié à la base azotée par une liaison β-N-glycosidique :

Configuration anti et syn de l'adénosine
Configuration anti et syn de l'adénosine
(Figure : vetopsy.fr)

3. La liaison β-N-glycosidique permet une rotation autour de l’axe reliant la base à l'ose, ce qui conduit à deux conformations principales (Conformation of Nucleic Acid Components).

a. Dans la conformation dite anti, la base est orientée à l’opposé de l'ose, i.e. à l'intérieur, ce qui minimise les interactions stériques entre la base et le pentose.

b. Dans la conformation dite syn, la base est au-dessus du sucre, ce qui entraîne des contraintes stériques plus importantes.

  • Cette conformation rare est observée dans l'ADN Z ou dans certaines structures secondaires d’ARN comme les motifs de tige-boucle ou les ribozymes.
  • Elle peut permettre des appariements non canoniques ou des interactions spécifiques avec des protéines.

Nucléosides les plus courants

Les nucléosides les plus courants sont les suivants.

Bases azotées et nucléosides
Bases azotées et nucléosides
(Figure : vetopsy.fr)

Nucléosides pyrimidiques

À base de cytosine

1. Les nucléosides à base de cytosine sont :

2. La cytidine peut subir différentes méthylations portant :

Type de méthylation
de la cytidine
Localisation Rôle principal
5-méthylcytidine (m5C)
  • ADN, forme la plus courante
    (épigénétique)
  • Certains ARN
    (ARNt, ARNr et ARNm)
3-méthylcytidine (m3C) ARNt, ARNr Structure et fonction des ARN
N4-méthylcytidine (m4C) ARNr Structure et protection
2'-O-méthylcytidine (Cm) Tous types d'ARN Stabilité, protection, reconnaissance
5-hydroxyméthylcytidine (hm5C)
  • ADN
    (épigénétique, déméthylation)
  • Certains ARN (rare)
  • Régulation fine de l'expression
  • Intermédiaire de
    déméthylation de l’ADN

Remarque : mnX correspond à l'ajout d'un groupe méthyle ($\ce{-CH3}$) sur la base azotée en position n.

Dans cette notation, la nature de l’atome n’est pas indiquée, mais elle est connue à partir de numérotation standard des atomes de la base azotée (cf. figure au-dessus).

  • m3C correspond à une méthylation sur l’atome N3 de la cytosine,
  • m5C correspond à une méthylation sur l’atome C5 de la cytosine.

La notation 2'-O correspond à une méthylation du groupement hydroxyle 2'-OH du ribose, et non de la base azotée.

3. La cytidine peut également être acétylée en N4-acétylcytidine (ac4C), présente notamment dans certains ARN messagers (loupe épitranscriptome).

À base d'uracile

Les nucléosides à base d'uracile sont les suivants.

1. L'uridine (U) dans l'ARN remplace la thymidine lors de la phase de transcription de l'ADN en ARN messager (ARNm).

2. La désoxyuridine (dU), bien qu’absente à l’état normal de l’ADN, peut apparaître à la suite d’une désamination spontanée de la désoxycytidine (dC).

Cette modification correspond à l’introduction d’uracile dans l’ADN par la désamination spontanée de la cytosine et est normalement corrigée par des mécanismes de réparation par excision de base (BER).

3. La dihydrouridine est principalement retrouvée dans les ARN de transfert (ARNt)

  • Il s'agit d'un nucléoside dérivé de l’uridine, dans laquelle la double liaison entre les carbones 5 et 6 du cycle pyrimidinique est saturée, ce qui confère à la molécule une conformation plus flexible.
  • Dans les ARN de transfert (ARNt), la dihydrouridine est typiquement localisée dans la boucle D (ou boucle de la dihydrouridine), où elle joue un rôle important dans la souplesse structurale de la molécule, facilitant son repliement tridimensionnel nécessaire à sa fonction lors de la traduction.

4. La pseudouridine (Ψ) est un nucléoside modifié dérivé de l’uridine, résultant de l’isomérisation de l’uracile en pseudouracile (loupe cf. plus bas).

Remarque : l'uridine peut aussi être méthylée sur le groupement hydroxyle 2′-OH du ribose (loupe 2'-O-méthylations des ARN), guidé par les sno-RNP à boite C/DP dans les ARN ribosomiques (ARNr) ou les sca-RNP à boite C/D dans les snARN (small nuclear RNA).

À base de thymine

Les nucléosides à base de thymine sont les suivants.

1. La thymidine (T) est retrouvée dans l'ADN.

2. La ribothymidine ou 5-méthyluridine (rT) est retrouvée dans les ARN de transfert (ARNt).

Elle est formée par un dérivé méthylé de l’uridine, dans lequel un groupement méthyle est ajouté en position 5 du cycle pyrimidique, ce qui correspond à une base chimiquement identique à la thymine de l’ADN, mais associée ici à un ribose et non à un désoxyribose.

  • Cette modification se trouve classiquement en position 54 de la boucle " TΨC " de l’ARNt, i.e. thymidine, pseudouridine et cytidine, une région hautement conservée impliquée dans la stabilisation de la structure tertiaire de la molécule.
  • La présence de la ribothymidine, souvent associée à la pseudouridine (Ψ) dans cette même boucle, contribue à la reconnaissance correcte de l’ARNt par les aminoacyl-ARNt synthétases et à la stabilité de l’interaction avec le ribosome durant la traduction.

Nucléosides puriques

À base d'adénine

Les nucléosides à base d'adénine sont les suivants.

1. L'adénosine (A) est le nucléoside présent dans l'ARN.

2. La désoxyadénosine (dA) est le nucléoside correspondant dans l’ADN.

3. La N1-méthyladénosine (m1A) est un nucléoside modifié dans lequel un groupe méthyle ($\ce{-CH3}$) est ajouté sur l’atome d’azote en position 1 (N1) de l’adénine.

a. Par exemple, la 1-méthyladénosine nucléosidase (EC 3.2.2.13) hydrolyse la liaison N-glycosidique du nucléoside, libérant la base modifiée et le sucre selon la réaction :

$\ce{1-méthyladénosine + H2O}$ $\leftrightharpoons$ $\ce{1-méthyladénine + D-ribose}$

b. Dans les ARN de transfert (ARNt), m1A contribue principalement à la stabilisation de la structure tridimensionnelle essentielle au bon fonctionnement de la molécule.

  • Elle est également présente dans certains ARN ribosomiques (ARNr), où elle participe à la stabilité de domaines structuraux impliqués dans le fonctionnement du ribosome.
  • La m¹A est également présente, plus rarement, dans les ARN messagers (ARNm)

c. La N1-méthyladénosine (m1A) illustre l'importance des modifications chimiques des ARN dans la biologie cellulaire et participe, avec de nombreuses autres marques, à l'épitranscriptome pris dans son sens le plus large.

4. La N6-méthyladénosine (m6A) correspond à une adénosine méthylée en position N6 de la base purique, largement distribuée dans les ARN eucaryotes comme :

bien

La modification m6A est l’une des plus abondantes dans les ARN eucaryotes et occupe une place centrale dans l'épitranscriptome.

Remarque : l'adénosine peut aussi être méthylée sur le groupement hydroxyle 2′-OH du ribose (loupe 2'-O-méthylations des ARN), guidé par les sno-RNP à boite C/DP dans les ARN ribosomiques (ARNr) ou les sca-RNP à boite C/D dans les snARN (small nuclear RNA).

À base de guanine

1. Les nucléosides à base de guanine sont les suivants :

2. La guanosine peut subir différentes modifications chimiques, notamment des méthylations, qui contribuent à la diversité structurale et fonctionnelle des ARN.

a. La N2-N2-diméthylguanosine (m2,2G), dans laquelle deux groupes méthyle sont ajoutés sur l’atome d’azote en position 2 (N2), participe à la stabilité et la fonction des ARN de transfert (ARNt) et des ARN ribosomiques (ARNr).

b. La 7-méthylguanosine (m7G), obtenue par méthylation de la guanosine sur l'atome d'azote en position 7 (N7), est présente dans les ARN messagers (ARNm) sous deux formes distinctes :

c. La N2-méthylguanosine (m2G), obtenue par méthylation de la guanosine sur l'atome d'azote en position 2 (N2), est présente dans certains ARN ribosomiques (ARNr), où elle participe au repliement et à la stabilité locale de la molécule

c. La queuosine (Q) est un nucléoside dérivé de la guanosine dans lequel la guanine est remplacée par une base hypermodifiée appartenant à la famille des 7-déazaguanines.

Remarque : la guanine peut aussi être méthylée sur le groupement hydroxyle 2′-OH du ribose (loupe 2'-O-méthylations des ARN), guidé par les sno-RNP à boite C/DP dans les ARN ribosomiques (ARNr) ou les sca-RNP à boite C/D dans les snARN (small nuclear RNA).

À base de xanthine

La xanthosine est un intermédiaire dans le métabolisme des purines.

Nucléosides modifiés

D'autres nucléosides naturels modifiés sont présents dans certains ARN non codants, en particulier dans les ARN de transfert (ARNt) ou les ARN ribosomiques (ARNr).

Ils résultent de modifications chimiques des bases ou du ribose et contribuent à la structure et à la fonction des ARN.

Pseudouridine (Ψ)

La pseudouridine (Ψ) est un nucléoside résultant de la liaison entre l'uracile et le ribose, qui, au lieu d'être N-glycosidique (N1-C1'), est C-glycosidique (C5-C1'), i.e. pseudouracile (loupe liaison glycosidique).

1. Contrairement aux autres nucléosides, la pseudouridine n'est pas incorporée lors du processus de transcription, mais résulte d'une modification post-transcriptionnelle de certains résidus d'uridine.

Pseudouridine
Pseudouridine
(Figure : vetopsy.fr)

C'est la modification nucléosidique la plus fréquente dans les ARN et elle est retrouvée chez l'ensemble des organismes vivants.

2. L'une des boucles des ARN de transfert (ARNt) porte systématiquement ce résidu de pseudouridine conservé impliqué dans la stabilisation de leur structure tertiaire.

Cette région des ARNt contient une séquence conservée composée de thymidine, pseudouridine et cytidine, ce qui explique l’appellation de boucle " TΨC ".

La pseudouridine diffère de l’uridine par une liaison β-C-glycosidique entre C5 de la base et C1′ du ribose, ce qui laisse N1 protoné (N1-H) et capable de former une liaison hydrogène supplémentaire.

Cette liaison renforce le réseau d’interactions hydrogène avec le squelette ribose-phosphate et améliore l’empilement des bases, contribuant ainsi à la stabilisation des structures secondaires et tertiaires des ARN.

3. La pseudouridine est synthétisée par des pseudouridine synthases spécifiques (PUS) et peut influencer :

4. Chez les eucaryotes, la pseudouridylation des ARN ribosomiques (ARNr) et de certains snARN est dirigée par des petits ARN guides appartenant aux familles des snoARN et des scaARN, associés à des complexes ribonucléoprotéiques contenant la dyskérine.

Remarque : dans certains vaccins contre la COVID-19 (Coronavirus disease 2019), l'uridine est remplacée par la pseudouridine ou la N1-méthyl-pseudouridine (m1Ψ).

  • Cet ARNm est peu reconnu par le système immunitaire, ce qui évite sa dégradation rapide et le blocage de la synthèse protéique.
  • Inosine et IMP
    Inosine et IMP
    (Figure : vetopsy.fr)
    La cellule produit alors la protéine Spike, protéine qui déclenche une réponse immunitaire ciblée et une mémoire immunitaire durable, sans inflammation excessive.

Inosine

L'inosine est un nucléoside purique qui se forme lorsque l'hypoxanthine, base azotée purique, est attachée à un ribose par une liaison β-N-glycosidique.

1. Dans l'ARN, l'inosine est formée :

2. L’inosine, présente dans certains ARN de transfert (ARNt), participe à la lecture du code génétique grâce au phénomène d’appariement wobble (loupeappariement wobble).

Nucléotides