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Nucléotides
Nucléosides triphosphates (NTP)

Sommaire
définition

Les nucléosides triphosphates (NTP), constitués d’une base azotée, d’un pentose et de trois groupes phosphate, sont des molécules riches en énergie indispensables à la synthèse des acides nucléiques, au métabolisme énergétique et à la signalisation cellulaire.

Structure des nucléosides triphosphate

1. Les nucléosides triphosphates (NTP) sont composés :

a. d'une base hétérocyclique azotée ou nucléobase, responsable des propriétés d’appariement et de reconnaissance moléculaire dans les acides nucléiques :

b. d'un pentose, ose à 5 carbones,

c. de trois groupes phosphate.

2. Les NTP sont des polyacides forts qui peuvent libérer 4 protons (acides polyprotiques).

a. Une liaison phosphoester (ou ester phosphate) relie le phosphate α à l'oxygène 5' du ribose ou du désoxyribose.

L'hydrolyse de cette liaison phosphoester libère $\ce{\Delta G'0}$ (loupeénergie libre ou énergie de Gibbs) d'environ -3,4 kJ.mole-1, insuffisante pour permettre le transfert spontané de phosphate.

b. deux liaisons phosphoanhydride (ou pyrophosphate) qui relient les phosphates α et β et β et γ qui font des NTP des composés " riches en énergie ".

L'hydrolyse de cette liaison libère -30,5 kJ.mole-1.

Remarque : les phosphates sont désignés depuis le ribose vers l'extérieur par les lettres grecques α (alpha), β (bêta) et γ (gamma).

Nucléosides pyrimidiques triphosphates

À base de cytosine

Les nucléosides pyrimidiques triphosphates à base de cytosine sont :

Nucléotides triphosphates " énergétiques "
Nucléotides triphosphates " énergétiques "
(Figure : vetopsy.fr)

1. La cytidine-triphosphate (CTP) est un composé " riche en énergie ", similaire à l'ATP, mais dont le rôle est bien plus limité.

bien

La synthèse du CTP est étudiée dans un chapitre spécifique.

a. Le CTP est un précurseur des ARN : il est utilisé par l’ARN polymérase pour incorporer un résidu de cytosine (CMP) lors de la transcription de l’ARN.

$\ce{(ARN)_n + CTP}$ $\leftrightharpoons$ $\ce{(ARN)_{n+1} + PPi}$

  • Le CMP est incorporé dans le brin d'ARN à l'extrémité 3'.
  • L’hydrolyse du pyrophosphate (PPi) déplace l’équilibre de la réaction vers la droite, favorisant ainsi l’incorporation du nucléotide dans la chaîne d’ARN.

Ce mécanisme est commun à tous les NTP.

b. Le CTP intervient dans la synthèse des glycérophospholipides membranaires pour activer l'acide phosphatique en CDP-DAG, la phosphocholine en CDP-choline ou la phosphoéthylamine en CDP-éthanolamine,

c. Le CTP agit comme un inhibiteur de l'enzyme aspartate carbamoyltransférase (loupeRégulation de la biosynthèse des nucléotides pyrimidiques).

2. La désoxycytidine-triphosphate (dCTP) est présente dans l'ADN.

a. Il est utilisé par les ADN polymérases pour incorporer un résidu de désoxycytidine (dCMP) dans un brin d'ADN lors de la réplication.

b. Le dCTP peut aussi :

  • servir de substrat pour les mécanismes de réparation de l'ADN,
  • maintenir un pool équilibré des dNTP pour une réplication fidèle,
  • peut intervenir dans la régulation de la biosynthèse des nucléotides pyrimidiques.

Remarque : le dCTP est un précurseur pour des médicaments :

  • anticancéreux comme la cytarabine ou la gemcitabine, qui miment la cytidine, s'incorporent dans l'ADN et inhibent la synthèse nucléotidique ce qui entraine la mort cellulaire.
  • analogues antiviraux comme la lamivudine et l'emtricitabine, qui sont des inhibiteurs compétitifs des transcriptases inverses, enzymes qui transcrivent l'ARN viral en ADN et qui s'incorporent dans l'ADN de l'hôte et entraînent une terminaison prématurée de la chaîne.

À base d'uracile

Les nucléosides pyrimidiques triphosphates à base d'uracile sont :

bien

La synthèse de l'UTP est étudiée dans un chapitre spécifique.

1. L'uridine-triphosphate (UTP) est :

Par exemple, l’UTP active le plus souvent le glucose-1-phosphate en UDP-glucose, un intermédiaire clé dans la synthèse des sucres activés, impliqué dans :

2. Le dUTP n’est pas censé être incorporé dans l’ADN, contrairement à dATP, dGTP, dCTP ou dTTP.

La cytosine (C), l’une des 4 bases de l’ADN, peut subir une désamination spontanée en uracile, i.e. un U se retrouve à la place d’un C, ce qui peut provoquer une mutation (loupe désamination de la cytosine en uracile).

  • Si de l’uracile apparaît dans l’ADN, c’est forcément une erreur par désamination de la cytosine.
  • La présence d’uracile dans l’ADN est reconnue comme une lésion et corrigée par un mécanisme de réparation par excision de base (BER ou Base Excision Repair)., impliquant notamment l’uracile-ADN glycosylase.

À base de thymine

Le seul nucléoside pyrimidique triphosphate à base de thymine est le thymidine-triphosphate (TTP ou dTTP).

On emploie TTP ou dTTP, par souci de cohérence avec la nomenclature des autres nucléotides, bien que le pentose soit toujours le désoxyribose.

1. La thymidine-triphosphate (TTP ou dTTP) est utilisée par les ADN polymérases pour incorporer un résidu de thymidine (dTMP) dans un brin d'ADN nouvellement synthétisé.

2. Le TTP entre aussi dans la régulation de la biosynthèse des ribonucléotides pyrimidiques.

Remarque : la ribothymidine-triphosphate (rTTP) ou 5-méthyluridine-triphosphate (M5UTP) est un nucléotide théorique ou artificiel qui n’existe pas naturellement chez les organismes vivants, i.e. aucune ARN polymérase connue n’accepte rTTP comme substrat.

ADN polymérase et désoxyribonucléotides triphosphates
ADN polymérase et désoxyribonucléotides triphosphates
(Figure : vetopsy.fr)

Nucléosides puriques triphosphates

À base d'adénine

Les nucléosides puriques triphosphates à base d'adénine sont :

livre

L'ATP, nucléotide le plus important vu ses nombreux rôles, en particulier bioénergétiques, est étudié longuement dans des chapitres spécifiques.

La désoxyadénosine-triphosphate (dATP) est utilisée par les ADN polymérases pour incorporer un résidu d'adénosine (dAMP) dans un brin d'ADN nouvellement synthétisé.

C'est aussi un composé " riche en énergie ", similaire à l'ATP, dont le rôle reste limité à la survie cellulaire par son implication dans la réplication de l'ADN.

À base de guanine

Les nucléosides pyrimidiques triphosphates à base de guanine sont :

bien

Le GTP, vu son importance, est étudié dans un chapitre spécifique.

1. Le GTP est :

GDP et GTP
GDP et GTP
(Figure : vetopsy.fr)

a. un substrat

b. un composé " riche en énergie ", similaire à l'ATP, mais dont le rôle est bien plus spécifique, en particulier dans la synthèse des protéines et la gluconéogenèse.

c. un transducteur du signal, en particulier dans les récepteurs couplés aux protéines G (GPCR), dans les mécanismes de second messager, où il est converti en guanosine diphosphate (GDP) par l'action des GTPases.

d. …

2. La désoxyguanosine-triphosphate (dGTP) a plusieurs rôles.

a. Son rôle principal est d'être utilisée par les ADN polymérases pour incorporer un résidu de désoxyguanosine (dGMP) dans un brin d'ADN nouvellement synthétisé.

b. Elle intervient aussi :

  • dans la réparation de l'ADN, i.e. excision, recombinaison, où elle sert à restaurer la séquence correcte,
  • dans une bien moindre mesure que l'ATP et le GTP, dans la signalisation cellulaire ou dans la régulation d'enzymes.

Par exemple, elle agit comme effecteur allostérique de la ribonucléotide réductase (RNR), afin de maintenir un pool équilibré de dNTP et d’éviter des erreurs lors de la réplication.

À base d'autres bases puriques

Les nucléosides pyrimidiques triphosphates à base d'autres bases puriques sont les suivants.

1. L'inosine-triphosphate (ITP), dérivé de l'hypoxanthine, est un intermédiaire dans la synthèse de l'ATP et du GTP.

a. Il est produit par désamination de l'adénine de l’ATP, notamment dans des conditions de stress oxydatif ou d’instabilité métabolique.

b. Il peut être incorporé par erreur dans l’ADN ou l’ARN, ce qui est potentiellement mutagène.

  • L’organisme dispose de mécanismes de surveillance, notamment via l’inosine triphosphate pyrophosphatase (ITPase), i.e. EC 3.6.1.9, qui hydrolyse l’ITP en IDP pour éviter son incorporation erronée dans les acides nucléiques.

$\ce{ITP}$ $\leftrightharpoons$ $\ce{IMP + PI}$

  • Une déficience en ITPase peut entraîner l’accumulation d’ITP, ce qui peut avoir comme conséquence une augmentation du risque de dommages génétiques, avec des implications possibles dans certaines pathologies ou sensibilités médicamenteuses.

2. La désoxyinosine-triphosphate (dITP) est générée par désamination du dATP, qui peut être spontanée ou enzymatique par les désaminases.

Les ADN polymérases peuvent l’incorporer dans l’ADN à la place d’ATP, ce qui provoque des mutations de type A ➞ G, à l'origine de blocages ou d’instabilités génomiques.

3. La xanthosine-triphosphate (XTP), dérivé de la xanthine, est un nucléotide qui peut apparaître par désamination spontanée du GTP ou par son oxydation par les ROS, ou par des phosphorylations accidentelles.

XTP doit être éliminée par l'ITPase pour éviter son incorporation dans l’ADN ou l'ARN, protégeant ainsi la cellule.

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