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Cycle cellulaire
Cyclines : cycline B et complexe cycline B/CDK1 (MPF)

Sommaire
définition

La cycline B active CDK1 pour former le MPF, moteur enzymatique de l’entrée en mitose, contrôlant la prophase, la métaphase et la transition métaphase-anaphase.

L’activation progressive du complexe cycline B/CDK1 en fin de G2, son accumulation nucléaire, puis la dégradation ciblée de la cycline B à la transition métaphase-anaphase gouvernent l’ensemble des transitions mitotiques.

La cycline B constitue ainsi un véritable commutateur moléculaire orchestrant l’organisation du noyau, du fuseau et des chromosomes.

Cette fonction repose non seulement sur la dynamique d’expression de la cycline B, mais aussi sur une régulation spatiale fine du complexe cycline B/CDK1, avec une activation initialement cytoplasmique, puis une translocation nucléaire coordonnée au franchissement du point de contrôle G2/M.

Structure et isoformes de la cycline B

La cycline B appartient à la famille des cyclines mitotiques et partage avec elles une architecture structurale conservée caractérisée par un repliement de type cyclin fold constitué de deux boîtes à cycline caractéristiques de sa famille, dont l’organisation tridimensionnelle est nécessaire à l’interaction avec les CDK et à leur activation.

1. Chez les mammifères, plusieurs isoformes coexistent, principalement les cyclines B1 et B2.

  • La cycline B1 est majoritaire et s’accumule principalement dans le cytoplasme, puis dans le noyau à l’entrée en mitose, où elle joue un rôle central dans le déclenchement des événements mitotiques.
  • La cycline B2 présente une localisation plus associée aux membranes internes (notamment appareil de Golgi et réticulum endoplasmique), et contribue davantage à des régulations locales, bien que leurs fonctions convergent toutes deux vers l’activation de CDK1.
Structure des cyclines
Structure des cyclines
(Figure : vetopsy.fr d'après Honda et coll)

1. La région N-terminale porte :

  • un motif de destruction de type D-Box, indispensable à sa reconnaissance par l’APC/CCdc20 en métaphase et responsable de sa dégradation rapide lors de la transition métaphase-anaphase,
  • un signal d’export nucléaire (NES) régulé par phosphorylation,
  • un signal d’import nucléaire (NLS, Nuclear Localization Signal) activé en fin de G2, permettant l’accumulation nucléaire indispensable au déclenchement de la prométaphase.
Transport de la cycline B par CRM1
Transport de la cycline B par CRM1
(Figure : vetopsy.fr d'après Sun et coll)

a. CRM1 (Exportine-1, XPO1) est une exportine nucléaire dont la fonction, en présence de Ran-GTP, est de reconnaître les protéines porteuses d’un signal NES et de les exporter du noyau vers le cytoplasme à travers le pore nucléaire (Inhibiting cancer cell hallmark features through nuclear export inhibition 2016).

CRM1 maintient le complexe cycline B/CDK1 majoritairement cytoplasmique en interphase.

b. En fin de G2, la phosphorylation de la cycline B et de CDK1 par CDK1 elle-même et par Plk1 altère la reconnaissance du NES par CRM1, inhibe l’export nucléaire et favorise l’accumulation nucléaire rapide du complexe.

bien

Ce basculement de localisation constitue un mécanisme clé de verrouillage moléculaire de l’entrée en mitose.

2. Le domaine C-terminal de la cycline B constitue la seconde boîte à cycline du repliement conservé des cyclines (cyclin fold), principalement composé d’hélices α organisées de manière comparable au domaine N-terminal, et contribue à la stabilité globale de la protéine et du complexe cycline B/CDK1.

Remarque : le complexe cycline A/CDK2 existe, mais :

  • elle agit plus précocement, en fin G2/début prophase,
  • elle devient fonctionnellement secondaire une fois que le complexe cycline B/CDK1 est pleinement actif, et la cycline A est détruite dès la prométaphase par l’APC/CCdc20.

Complexe cycline B/CDK1 (MPF)

Le complexe cycline B/CDK1, également désigné MPF, constitue le moteur enzymatique central de l’entrée en mitose.

Dynamique des cyclines du cycle cellulaire
Dynamique des cyclines du cycle cellulaire
(Figure : vetopsy.fr)

Activation du complexe cycline B/CDK1 (MPF)

L’entrée en prophase repose sur l’activation progressive du MPF (Maturation Promoting Factor), complexe hétérodimérique formé par (MPF-based meiotic cell cycle control: Half a century of lessons from starfish oocytes 2018) :

  • CDK1 (Cyclin-Dependent Kinase 1), aussi appelée Cdc2,
  • la cycline B qui lui confère sa spécificité de phase et sa régulation temporelle.

Le MPF a été découvert lors de l’étude du déblocage de la méiose II ovocytaire après la fécondation chez le Xénope, d’où son appellation de facteur de maturation.

Régulation du complexe cycline B/CDK1
Régulation du complexe cycline B/CDK1
(Figure : vetopsy.fr d'après Kishimoto)

1. Une fois la cellule engagée en phase S, après le point R, l’expression et l’accumulation de la cycline B relèvent d’un contrôle endogène du cycle et non plus d’un contrôle par les signaux mitogènes.

a. La régulation transcriptionnelle devient alors cyclique et dépend de facteurs activés au cours des phases S et G2, notamment FOXM1, B-Myb et certains E2F tardifs selon le contexte cellulaire.

b. La cycline B s’accumule également en raison d’une stabilisation progressive de la protéine.

  • Sa dégradation reste faible pendant les phases S et G2, ce qui permet une accumulation nette par simple déséquilibre entre la synthèse et la dégradation.
  • Cette accumulation est rendue possible par l’inactivation de l’APC/CCdh1 après la phase G1, ce qui autorise la stabilité des cyclines mitotiques, en particulier la cycline A, puis la cycline B.

c. En revanche, l’activation fonctionnelle du complexe cycline B/CDK1 demeure strictement contrôlée par des mécanismes post-traductionnels,

2. En début de prophase, l’activité du MPF est déjà croissante, car son activation a été amorcée en phase G2 par la phosphatase Cdc25C, qui déphosphoryle CDK1 au sein du complexe cycline B/CDK1 préexistant et permet son activation enzymatique (loupe activation du MPF en G2)

Cette montée d’activité déclenche les premières phosphorylations mitotiques qui initient les transformations caractéristiques de la prophase, i.e. condensation chromosomique, désorganisation progressive de la lamina, maturation des centrosomes et réorientation globale de la cellule vers l’état mitotique (loupe actions du MPF).

3. Peu avant la prométaphase, le complexe cycline B/CDK1 phosphorylé devient nucléaire.

a. L’activation initiale du MPF dans le cytoplasme entraîne la phosphorylation de la cycline B sur plusieurs sérines, i.e. Ser133, Ser147, Ser155 chez les mammifères.

  • Ces phosphorylations inhibent le signal d’export (NES) et renforcent l’efficacité du NLS.
  • Le complexe s’accumule alors massivement dans le noyau, entraînant une montée rapide de l’activité kinase au sein de ce compartiment.
Boucle d'autorégulation du MPF
Boucle d'autorégulation du MPF
(Figure : vetopsy.fr d'après Hara et coll)

b. Cette importation nucléaire est essentielle pour déclencher les événements mitotiques précoces.

c. Ainsi, la translocation nucléaire du MPF précède de peu la rupture de l’enveloppe nucléaire, et en constitue un élément déclencheur majeur.

4. L’entrée du MPF dans le noyau est amplifiée par les kinases relais cytoplasmiques.

a. Plk1 et Aurora A qui augmentent la vitesse de diffusion du signal mitotique depuis le centre vers la périphérie.

  • MPF active Plk1, qui à son tour active Cdc25 et inhibe Wee1, renforçant la boucle de rétroactivation positive.
  • Plk1 et Aurora A sont concentrées aux centrosomes et le long des microtubules, ce qui favorise la propagation spatiale du signal mitotique et accélère l’activation coordonnée de l’ensemble du cytoplasme.

b. Ces boucles accélèrent la transition vers la prométaphase en contribuant à la coordination spatio-temporelle de l’entrée en mitose (loupe Plk1 et prophase et Aurora A et prophase).

5. Lorsque la phosphorylation cumulée atteint un seuil critique, la rupture de l’enveloppe nucléaire provoque ensuite l’homogénéisation des compartiments nucléaire et cytoplasmique, et la diffusion uniforme de l’activité MPF.

bien

En quelques minutes, l’activité kinase devient maximale dans l’ensemble du cytoplasme et du noyau, marquant l’entrée en prométaphase et la mise en place d’un état mitotique pleinement établi.

6. Après le déclenchement de la mitose, le MPF reste actif durant la prophase et la métaphase pour maintenir la métaphase, la structure du fuseau et l’activation des kinases relais.

Sa dégradation surviendra surtout à la transition métaphase/anaphase, déclenchée par l’APC/CCdc20.

Actions chronologiques du MPF

L’activité du MPF s’exprime selon une séquence ordonnée qui suit fidèlement les transformations structurales de la prophase à la métaphase.

Chaque étape correspond à la phosphorylation coordonnée de substrats spécifiques, immédiatement suivie de leurs effets fonctionnels.

MPF et prophase

1. En prophase, l’entrée dans l’état mitotique repose sur une augmentation progressive de l’activité du complexe cycline B/CDK1 (MPF), déjà engagé en fin de G2.

Cette montée d’activité ne déclenche pas un événement unique, mais une cascade coordonnée de phosphorylations qui imposent simultanément des changements nucléaires, chromosomiques et cytoplasmiques.

a. L’activité initiale du MPF cible un large spectre de substrats structuraux et régulateurs, ce qui permet :

b. Ces phosphorylations établissent un état mitotique global stable, tout en maintenant l’inactivation des systèmes de surveillance tant que l’intégrité du génome n’est pas compromise.

2. En fin de prophase, ce n’est plus la quantité d’activité MPF qui change, mais sa localisation : le complexe cycline B/CDK1 se concentre préférentiellement dans le noyau, ce qui focalise son activité sur les substrats nucléaires.

  • La phosphorylation de la cycline B inhibe son signal d’export nucléaire (NES), ce qui bloque son export dépendant de CRM1 et entraîne une accumulation rapide du complexe cycline B/CDK1 dans le noyau par simple rétention nucléaire.
  • Elle est encore amplifiée par des boucles impliquant Plk1 et Aurora A.

Prométaphase : rupture de l’enveloppe nucléaire
et synchronisation globale

1. En prométaphase, lorsque le MPF atteint une activité maximale dans le noyau, la phosphorylation accumulée des lamines et des complexes du pore nucléaire (NPC) déclenche la rupture de l’enveloppe nucléaire.

Cette rupture homogénéise instantanément le contenu nucléaire et cytoplasmique, permettant la diffusion uniforme du MPF et assurant la synchronisation des événements mitotiques.

2. Le MPF maintient :

Métaphase : maintien de la compaction et stabilité du fuseau

En métaphase, l’activité du complexe cycline B/CDK1 (MPF) demeure élevée et homogène dans la cellule.

1. Ce niveau d’activité ne sert plus à initier des transformations majeures, mais à verrouiller l’état mitotique tant que les conditions mécaniques ne sont pas validées.

a. Le MPF prolonge et renforce les processus engagés en prométaphase.

b. Le MPF empêche l’entrée en anaphase tant que le point de contrôle du fuseau (SAC) n’est pas levé, en maintenant un contexte enzymatique incompatible avec l’activation effective de l’APC/CCdc20.

2. Ainsi, en métaphase, le complexe cycline B/CDK1 agit comme un verrou enzymatique, assurant la stabilité structurale et temporelle de l’état mitotique jusqu’à ce que la biorientation complète des chromosomes autorise la transition métaphase-anaphase.

Transition métaphase–anaphase et extinction progressive du MPF

1. L’activation de l’APC/CCdc20 à la transition métaphase-anaphase constitue un point de bascule majeur.

  • Elle déclenche la séparation des chromatides sœurs par la dégradation de la sécurine et l’activation de la séparase.
  • Elle initie simultanément l’extinction progressive du MPF par la dégradation de la cycline B.

L’APC/C activé par Cdc20 reconnaît la cycline B via sa D-Box et la polyubiquitine, conduisant à sa destruction rapide par le protéasome.

2. La chute durable de l’activité cycline B/CDK1 conditionne l’ensemble des événements de sortie de mitose, en particulier la télophase, en autorisant la déphosphorylation coordonnée des substrats mitotiques.

Cette extinction progressive du MPF permet :

Le tableau suivant synthétise la dynamique chronologique de l’activité du complexe cycline B/CDK1 (MPF) depuis la fin de G2 jusqu’à la transition métaphase-anaphase, en reliant les événements cellulaires aux fonctions enzymatiques correspondantes.

Phase Événements clés Rôle du MPF/
kinases
Notes
G2
  • Vérification de l'ADN
    répliqué et réparation
    si nécessaire
  • Accumulation de
    cycline B
  • Formation du complexe
    cycline B/CDK1 inactif
  • MPF inactif
    (CDK1 phosphorylée)
  • Préparation de la
    cellule à la mitose
  • Phase préparatoire
  • MPF prêt, mais
    bloqué par
    Wee1 et Myt1
Fin de G2/
début
prophase
  • Activation initiale
    du MPF dans le cytoplasme
    par Cdc25
  • Phosphorylation
    préliminaire de substrats
    (condensines et lamines)
  • Maturation des
    centrosomes
  • Cdc25 déphosphoryle CDK1 (MPF
    partiellement actif
  • Boucles de rétroactivation
    (MPF active Cdc25,
    nhibe Wee1)
  • Déclenchement
    local de MPF
  • Activation partielle
    initie la boucle
    d'amplification
Prophase
  • Condensation complète
    des chromosomes
    (histones H1/H3 et
    condensines)
  • Début de la réorganisation
    du cytosquelette et
    du fuseau mitotique
  • Préparation des kinétochores
  • MPF actif : déclenche
    condensation et
    organise centrosomes
  • Stimule kinases relais
    (Plk1, Aurora A)
  • Activation bistable
  • Onde d'activation
    spatiale depuis
    centrosomes vers
    cytoplasme
Fin prophase/
prométaphase
  • Translocation nucléaire du
    complexe cycline B/CDK1
  • Rupture de l'enveloppe
    nucléaire (lamines et
    protéines de membrane
    phosphorylées)
  • Blocage complet de la
    transcription et réduction
    de la traduction nucléaire
  • Attachement des microtubules aux kinétochores
  • MPF nucléaire active
    localement les substrats
  • Amplification spatiale via
    Plk1/Aurora A
  • Synchronisation des événements
    mitotiques dans
    tout le noyau
    et le cytoplasme
  • Transport nucléaire
    du MPF essentiel
    pour déclencher la
    prométaphase
  • MPF agit comme
    un “switch spatial”
    coordonnant noyau
    et cytoplasme
Métaphase
  • Alignement des
    chromosomes sur la
    plaque équatoriale
  • Stabilisation des attachements
    kinétochoriens end-on
  • Tension bipolaire établie sur chaque paire de chromatides
  • MPF maintient
    l’état mitotique global (condensation, dynamique du fuseau)
  • Plk1 et Aurora B ajustent
    la dynamique des
    attachements
  • MPF contribue indirectement
    à la stabilisation des complexes kinétochoriens
  • MPF reste élevé
    mais plus de nouveaux
    événements majeurs
  • Le SAC reste actif
    tant que tous
    les kinétochores ne sont
    pas biorientés
Transition
métaphase-
anaphase
  • Satisfaction du SAC
  • Activation de l’APC/CCdc20
  • Dégradation de la sécurine
  • Activation de la séparase
  • Clivage de la cohésine (Scc1/Rad21)
  • Séparation des chromatides sœurs
  • MPF maintient l’état mitotique
  • Dégradation progressive
    de la cycline B par
    APC/CCdc20
  • Bascule irréversible Déclenchement de
    la ségrégation
    Passage d’un contrôle
    par kinases à un
    contrôle par protéolyse

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