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Biologie cellulaire
Mitochondries : génome
Structure et organisation de l'ADN mitochondrial

Sommaire
  1. En construction

 

définition

Le génome mitochondrial est un ADN circulaire d'origine bactérienne, transmis principalement par la lignée maternelle et codant un nombre limité de gènes indispensables à la fonction des mitochondries.

Les mitochondries possèdent leur propre matériel génétique, distinct du génome nucléaire, dont l'organisation compacte et le mode d'expression particulier reflètent leur origine endosymbiotique.

Bien que ne représentant qu'une faible fraction du patrimoine génétique cellulaire, ce génome est indispensable à la production d'énergie et à de nombreuses fonctions mitochondriales.

ADN mitochondrial et nucléaire
ADN mitochondrial et nucléaire
(Figure : vetopsy.fr)

ADN mitochondrial humain

L'ADN mitochondrial humain (ADNmt) est une molécule circulaire bicaténaire de 16 569 paires de bases présente en de multiples copies dans chaque cellule.

Gènes mitochondriaux

Héritage d'un ancien génome bactérien, l'ADNmt est beaucoup plus compact que le génome nucléaire, contient très peu de séquences intergéniques et est constitué :

  • d'un brin lourd (H pour Heavy), riche en guanines, qui code 28 gènes,
  • d'un brin léger (L pour Light), riche en cytosines qui en code 9.
Carte de l'ADN mitochondrial humain
Carte de l'ADN mitochondrial humain
(Figure : vetopsy.fr adaptée d'après Emmanuel Douzery)

1. Les 37 gènes de l'ADNmt sont disposés de manière très dense et comprennent (Dialogues between cell nuclei and mitochondria 2016) :

2. Les gènes sont séparés uniquement par de courtes régions non codantes, certains étant même chevauchants, comme ATP8/ATP6 et ND4L/ND4.

37 gènes humains de la séquence de référence de Cambridge
Protéines ARN de transfert (ARNt)
MT-ATP8 ATP-synthase
FO sous-unité 8 (complexe V)
MT-TA ARNt-Alanine
(Ala ou A)
MT-TM ARNt-Méthionine
(Met or M)
MT-ATP6 ATP-synthase
FO sous-unité 6 (complexe V)
MT-TR ARNt-Arginine
(Arg ou R)
MT-TF ARNt-Phénylalanine
(Phe or F)
MT-CO1 Cytochrome c oxidase
sous-unité 1 (complexe IV)
MT-TN ARNt-Asparagine
(Asn ou N)
MT-TP ARNt-Proline
(Pro ou P)
MT-CO2 Cytochrome c oxidase
sous-unité 2 (complexe IV)
MT-TD ARNt-Acide aspartique
Asp ou D)
MT-TS1 ARNt-Sérine
(Ser-UCN ou S)
MT-CO3 Cytochrome c oxidase
sous-unité 3 (complexe IV)
MT-TC ARNt-Cystéine
(Cys ou C)
MT-TS2 ARNt-Sérine
(Ser-AGY ou S)
MT-CYB Complexe bc1
(complexe III)
MT-TE ARNt-acide glutamique
(Glu ou E)
MT-TT

ARNt-Thréonine
(Thr ou T)

MT-ND1 NADH déshydrogénase
sous-unité 1 (complexe I)
MT-TQ ARNt-Glutamine
(Gln ou Q)
MT-TW ARNt-Tryptophane
(Trp ou W)
MT-ND2 NADH déshydrogénase
sous-unité 2 (complexe I)
MT-TG ARNt-Glycine
(Gly ou G)
MT-TY ARNt-Tyrosine
(Tyr ou Y)
MT-ND3 NADH déshydrogénase
sous-unité 3 (complexe I)
MT-TH ARNt-Histidine
(His ou H)
MT-TV ARNt-Valine
(Val ou V)
MT-ND4L NADH déshydrogénase
sous-unité 4L (complexe I)
MT-TI ARNt-Isoleucine
(Ile ou I)
 
MT-ND4 NADH déshydrogénase
sous-unité 4 (complexe I)
MT-TL1 ARNt-Leucine
(Leu-UUR ou L)
ARN ribosomique (ARNr)
MT-ND5 NADH déshydrogénase
sous-unité 5 (complexe I)
MT-TL2 ARNt-Leucine
(Leu-CUN ou L)
MT-RNR1 Petite sous-unité :
SSU (12S)
MT-ND6 NADH déshydrogénase
sous-unité 6 (complexe I)
MT-TK ARNt-Lysine
(Lys ou K)
MT-RNR2 Grande sous-unité :
LSU (16S)

Remarque : plusieurs études ont proposé l'existence de peptides supplémentaires codés par des cadres de lecture ouverts (ORF) présents dans l'ADNmt.

3. Comparé au génome nucléaire, le génome mitochondrial possède plusieurs particularités.

  • Il est présent en de nombreuses copies par cellule.
  • Il est transmis principalement par la lignée maternelle et présente un taux de mutation généralement plus élevé.
  • Son organisation compacte, la quasi-absence d'introns et son expression génique particulière témoignent de son origine bactérienne et de son évolution spécifique.

Région de contrôle (NCR ou D-loop)

La région de contrôle (NCR) ou D-loop est une région non codante contenant les principaux éléments régulateurs impliqués dans la réplication et la transcription de l'ADN mitochondrial (Mitochondrial DNA replication in mammalian cells: overview of the pathway 2018) :

  • Région de contrôle de l'ADNmt
    Région de contrôle de l'ADNmt
    (Figure : vetopsy.fr d'après Falkenberg)
    les séquences TAS (Termination-Associated Sequences), associées à la régulation de la région D-loop,
  • les promoteurs des brins lourds (HSP1 et HSP2) et léger (LSP),
  • l'origine de réplication du brin lourd (OH),
  • trois blocs de séquences conservées, CSB I, CSB II et CSB III (Conserved Sequence Blocks), impliqués dans la régulation de la transcription et de la réplication.

1. Les blocs CSB correspondent à de courtes séquences d'ADN hautement conservées au cours de l'évolution qui, contrairement aux promoteurs ou aux origines de réplication, ne constituent pas des sites d'initiation, mais des éléments régulateurs qui modulent le déroulement de la transcription et de la réplication dans la région de contrôle.

  • Le rôle de CSB II est aujourd'hui le mieux caractérisé selon la présence ou non du facteur d'élongation de la transcription TEFM qui peut orienter la transcription initiée à partir du promoteur LSP vers la poursuite de l'élongation ou vers la synthèse d'une amorce ARN nécessaire à l'initiation de la réplication du brin lourd (loupecouplage entre transcription et réplication au niveau de LSP).
  • Les fonctions précises de CSB I et CSB III restent en revanche moins bien établies et participeraient à l'organisation de la région de contrôle et au bon déroulement des mécanismes de transcription et de réplication, sans que leur rôle moléculaire exact soit encore complètement élucidé.

2. La région de contrôle contient fréquemment un court troisième brin d'ADN, appelé ADN 7S, synthétisé à partir de l'origine de réplication OH.

  • Lorsque ce brin reste associé à la molécule d'ADN mitochondrial après sa synthèse, il déplace localement le brin lourd et forme une structure à trois brins appelée D-loop (Displacement loop).
  • Toutes les molécules d'ADN mitochondrial ne possèdent cependant pas un ADN 7S, dont le rôle exact reste encore discuté.

3. a région de contrôle comprend également les régions hypervariables HV-I, HV-II et HV-III, qui accumulent de nombreuses variations de séquence entre les individus et constituent des marqueurs largement utilisés en phylogénie, en anthropologie et en médecine légale.

Origine du génome mitochondrial

Le génome mitochondrial est considéré comme le vestige d'un ancien génome bactérien acquis lors d'un événement d'endosymbiose survenu au cours de l'évolution des eucaryotes.

1. La théorie endosymbiotique (symbiogénose ou symbiogenèse) est une théorie évolutionniste qui soutient que les organites des eucaryotes sont issus de l'endosymbiose de procaryotes comme des bactéries ou des archées (loupechapitre spécial).

Deux modèles de formation des mitochondries
Deux modèles de formation des mitochondries
(Figure : vetopsy.fr d'après Archibald et coll)

a. Les mitochondries dériveraient des rickettsiales, un ordre des alphaproteobacteria appartenant au phylum des Proteobacteria, phylum majeur des bactéries à Gram négatif.

Le génome est très proche de celui de Rickettsia prowazekii, agent du typhus exanthématique (The genome sequence of Rickettsia prowazekii and the origin of mitochondria 1998).

b. Cette endosymbiose aurait eu lieu il y a environ 1,5 à 2 milliards d'années, dans un contexte d'enrichissement progressif de l'atmosphère en oxygène

Il y a 2,5 milliards d'années, la quantité d'oxygène dans l'atmosphère a soudainement augmenté d'environ 10 000 fois en seulement 200 millions d'années (Les continents, clé de l'apparition de l'oxygène sur Terre ? 2017).

2. L'endosymbiose, du grec endon "dans ", syn " ensemble " et biosis " vivant " implique la coopération mutuellement bénéfique entre deux organismes vivants, où l'un est contenu dans l'autre.

a. Ce génome, au cours de cette endosymbiose, s'est réduit drastiquement, car l'endosymbiote a transféré la plus grande partie de ses gènes à l'hôte (loupetransfert des gènes et hypothèse CoRR).

b. Malgré cette réduction considérable, le génome mitochondrial a conservé plusieurs caractéristiques héritées de son origine bactérienne, notamment sa structure généralement circulaire, son organisation compacte, sa transcription polycistronique et sa propre machinerie de traduction.

Remarque : l'ADN mitochondrial est circulaire chez l'homme et la plupart des métazoaires, mais certaines algues, certains ciliés ou certains cnidaires possèdent des génomes mitochondriaux linéaires ou plus complexes.

Ces derniers ont la particularité de posséder des télomères indépendants de la télomérase et font l'objet de recherches. témoignant de la grande diversité évolutive des mitochondries (Evolution of Linear Mitochondrial Genomes in Medusozoan Cnidarians 2012).

Héritage du génome mitochondrial

Héritage maternel

1. Lors de la fécondation sexuée, comme le cytoplasme du zygote provient essentiellement de l'ovocyte, l'ADN mitochondrial est transmis de manière quasi exclusivement maternelle, constituant un exemple classique de transmission ou hérédité non mendélienne.

a. Le spermatozoïde perd ses organites, et en particulier les mitochondries et l'ADNmt, (loupedevenir des organites du spermatozoïde après la fusion) :

b. Après la fécondation, l'endonucléase CPS-6 migre de l'espace intermembranaire vers la matrice des mitochondries paternelles où elle participe à la dégradation de l'ADNmt (Mitochondrial endonuclease G mediates breakdown of paternal mitochondria upon fertilization 2016).

  • Elle agit en coopération avec l'autophagie maternelle et les mécanismes dépendants de l'ubiquitine pour favoriser l'élimination des mitochondries paternelles par les protéasomes.
  • La perte de CPS-6 retarde la dégradation des membranes internes mitochondriales, perturbe l'autophagie et augmente la létalité embryonnaire, soulignant l'importance de ce mécanisme pour le développement normal.

2. La transmission essentiellement maternelle de l'ADNmt a permis de définir le concept d'Ève primordiale ou Ève mitochondriale, ancêtre féminine hypothétique dont dérivent tous les ADN mitochondriaux humains actuels.

Une méthode de procréation médicalement assistée (PMA), appelée don mitochondrial (MRT), permet d'obtenir des embryons possédant l'ADN nucléaire des parents et l'ADNmt d'une donneuse saine, notamment dans certaines maladies mitochondriales comme le syndrome de Leigh, une maladie mitochondriale (loupepyruvate et maladies neurodégénératives).

Remarque : le concept d'Ève mitochondriale est parfois rapproché de celui d'Adam chromosomique Y, qui correspond à l'ancêtre paternel commun le plus récent des chromosomes Y humains actuels, bien que ces deux concepts soient totalement indépendants (loupe goulot d'étranglement de population).

Carte des migrations humaines selon l’ADN mitochondrial
Carte des migrations humaines selon l’ADN mitochondrial
(Figure : vetopsy.fr d'après Avsa)

3. Les mitochondries se multiplient par fission et forment, avec les mécanismes de fusion mitochondriale, un réseau dynamique appelé chondriome, capable de s'adapter aux besoins métaboliques de la cellule.

Cette dynamique mitochondriale participe également au contrôle de la qualité des mitochondries et à l'élimination des génomes mitochondriaux porteurs de mutations délétères (loupe contrôle de la qualité mitochondriale et fusion).

Héritage doublement uniparental

Cet héritage doublement uniparental (DUI, doubly uniparental inheritance) se retrouve chez certains mollusques bivalves (Deciphering the Link between Doubly Uniparental Inheritance of mtDNA and Sex Determination in Bivalves: Clues from Comparative Transcriptomics 2018).

Moules perlières d'eau douce
Moules perlières d'eau douce
(Figure : Joel Berglund)

1. Chez ces espèces, deux lignées mitochondriales distinctes coexistent, peuvant différer d'environ 30 % :

  • un ADNmt de type F (femelle), transmis par les ovocytes et présent dans les tissus somatiques des deux sexes,
  • un ADNmt de type M (mâle), transmis par les spermatozoïdes et principalement retrouvé dans la lignée germinale mâle.

2. Des cadres de lecture ouvert ou ORF (Open Reading Frame) spécifiques aux génomes F et M ont été identifiés (In silico analyses of mitochondrial ORFans in freshwater mussels (Bivalvia: Unionoida) provide a framework for future studies of their origin and function 2016).

Ils pourraient participer à des mécanismes de détermination sexuelle impliquant les mitochondries (Novel Protein Genes in Animal mtDNA: A New Sex Determination System in Freshwater Mussels (Bivalvia: Unionoida)? 2011).

Héritage paternel

On peut aussi trouver des ADNmt paternel chez les oiseaux, comme chez la poule de race Plymouth (Mitogenomic analysis of a 50-generation chicken pedigree reveals a rapid rate of mitochondrial evolution and evidence for paternal mtDNA inheritance 2015).

Chez les mammifères, les cas sont exceptionnels comme chez la souris, les clones de moutons ou de bovins.

conclusion

Ainsi, bien que la transmission maternelle constitue la règle générale chez les animaux, des exceptions rares ou des systèmes particuliers d'hérédité mitochondriale peuvent être rencontrés.

Expression génique mitochondriale