Anatomie de l'oreille interne
Cochlée : organe de Corti
Cellules ciliées : canaux MET des stéréocils
Sommaire
En construction
Les canaux de mécanotransduction mécano-électrique (MET, MechanoElectrical Transduction) convertissent les déplacements des stéréocils en signal électrique à l'origine de la transduction auditive.
Le canal MET proprement dit correspond au canal ionique mécanosensible de la cellule ciliée.
Il s'intègre dans le complexe MET, un ensemble plus vaste de protéines associées au tip link et à sa machinerie de transduction.
Canal MET auditif
Propriétés du canal MET
Les canaux mécano-électriques de transduction (MET ou Mechanoelectrical Transducer Channels) constituent le complexe moléculaire qui convertit directement les forces mécaniques exercées sur la touffe de stéréocils en courant ionique.
1. Les complexes MET sont localisés à l'extrémité des stéréocils des rangées les plus courtes, au voisinage de la densité inférieure du tip-link (LTLD).
La déviation de la touffe dans la direction excitatrice augmente la tension exercée par les tip-links et favorise l'ouverture des canaux MET.
Leur ouverture permet l'entrée de cations depuis l'endolymphe, principalement K+ et Ca2+, et entraîne la dépolarisation de la cellule ciliée ( mécanotransduction).
2. Le nombre de canaux MET associés à chaque site de transduction reste difficile à déterminer précisément et pourrait varier selon la position tonotopique dans la cochlée.
Cette estimation pourrait cependant être trop élevée en raison de l'utilisation de souris transgéniques possédant plusieurs copies du transgène et susceptibles de surexprimer les protéines TMC1 marquées par fluorescence.
4. L'ouverture extrêmement rapide des canaux MET résulte de la transmission directe des forces mécaniques produites par la déviation de la touffe de stéréocils.
TMC1 et TMC2 (Transmembrane Channel-like proteins 1 et 2), protéines membranaires de la famille TMC, constituent les principales sous-unités formant le pore du canal MET.
Structure du dimère TMC1 associé à TMIE
(Figure : vetopsy.fr d'après Jeong et coll)
Remarque : des mutations récessives de TMC1 chez l'homme et de Tmc1 chez la souris altèrent la conductance des canaux MET et peuvent provoquer des surdités modérées à sévères (ed with moderate to severe hearing loss 2016).
Distribution de TMC1 dans les stéréocils au cours du développement cochléaire
(Figure : vetopsy.fr d'après Mahendrasingam et Furness)
Structure des complexes MET
Le complexe MET est un assemblage multiprotéique organisé autour du canal MET, dont les principales sous-unités sont TMC1 et TMC2.
Outre ces protéines constituant le canal ionique lui-même, le complexe MET comprend plusieurs protéines associées indispensables à son adressage, sa stabilisation, son ancrage au tip-link et à son fonctionnement normal.
Sa composition et son organisation moléculaire restent encore incomplètement élucidées.
Protéines de la machinerie de transduction
(Figure : vetopsy.fr d'après Zheng et coll)
1. Plusieurs protéines associées au canal MET sont indispensables ou participent à l'organisation et au fonctionnement du complexe MET.
Associée à PCDH15 au niveau de l'extrémité inférieure du tip link, LHFPL5 contribue au couplage mécanique entre le tip link et le complexe MET et participe à son organisation fonctionnelle.
Les domaines extracellulaires de cadhérine définissent une attache mobile couplée à un " collier " rigide et doublement symétrique à proximité de la bicouche membranaire.
LHFPL5 forme des interactions étendues avec les hélices transmembranaires PCDH15 et stabilise l'assemblage global PCDH15-LHFPL5.
2. LOXHD1 participe au maintien de TMC1 au niveau du site de mécanotransduction, mais n'est pas nécessaire au maintien de TMC2.
TMC1 se localise normalement à proximité de l'extrémité inférieure du tip-link, mais sa localisation est fortement perturbée en l'absence de LOXHD1.
LOXHD1 interagit avec TMC1 ainsi qu'avec CIB2, LHFPL5 et PCDH15, ce qui suggère qu'elle participe à la stabilisation de TMC1 au sein de la machinerie de mécanotransduction.
Les canaux MET s'ouvrent avec des constantes de temps de l'ordre de la microseconde, ce qui exclut une activation par une cascade de seconds messagers et indique un déclenchement direct par une force mécanique.
1. L'activation du canal MET implique un élément de déclenchement élastique à ressort, qui est en série avec la protéine du canal et est étiré lors de la déviation des touffes de stéréocils.
Les tip-links paraissent trop rigides pour constituer à eux seuls le ressort de déclenchement, compte tenu de leur rigidité estimée (environ 1 mN/m) et du déplacement de la porte du canal, évalué à environ 2,5 nm.
Cependant, l'existence d'un ancrage comparable impliquant les ankyrines dans les cellules ciliées des mammifères n'a pas été démontrée, et le lien physique entre TMC1 et les tip-links n’a pas été fermement établi.
Modèle de tension latérale (lateral-tension model)
Dans ce modèle, les canaux MET reposent librement dans la membrane au niveau des extrémités des stéréocils et la tension membranaire, induite par la force de traction exercée par les tip-links, est suffisante pour ouvrir les canaux.
Il n'y aurait pas de connexion physique directe des canaux MET avec les tip-links ou le cytosquelette intracellulaire.
Comme les liposomes ne contiennent ni tip-links ni cytosquelette, ces résultats suggèrent que TMC1 et TMC2 possèdent intrinsèquement une sensibilité aux contraintes mécaniques exercées sur la membrane.
Cependant, les seuils de ces activations induites par la tension membranaire étaient trop élevés pour pouvoir expliquer la sensibilité des canaux MET aux forces mécaniques présentes dans les cellules ciliées..
2. Selon ce modèle, la membrane pourrait constituer le principal élément de transmission des forces mécaniques vers le canal.
Cependant, certains travaux suggèrent que la membrane seule ne suffit pas à expliquer les propriétés mécaniques du système de mécanotransduction.
Avec les données récentes, un modèle fédérateur peut être envisagé, mais plusieurs aspects de l'organisation et du mécanisme d'ouverture des canaux MET restent débattus.
1. Dans ce modèle, les canaux MET (TMC1/2) seraient connectés au cytosquelette par l'intermédiaire d'un système d'ancrage intracellulaire encore mal caractérisé, mais ne seraient pas physiquement attachés aux tip-links.
Lors de la déviation du faisceau de stéréocils, la force exercée par les tip-links éloignerait la membrane de la pointe des stéréocils les plus courts du cytosquelette sous-jacent.
L'étirement de la membrane et les forces transmises par les structures d'ancrage intracellulaire contribueraient de manière synergique à l'ouverture du pore TMC1/2.
2. Les tip-links transmettraient la tension membranaire au voisinage du complexe MET, mais ne seraient pas directement connectés au canal TMC1/2.
Le complexe MET pourrait fonctionner selon des principes comparables à ceux observés pour certains canaux mécanosensibles, notamment NOMPC chez la drosophile, dans lesquels des structures d'ancrage intracellulaire participent à la transmission des forces mécaniques. (Ankyrin Repeats Convey Force to Gate the NOMPC Mechanotransduction Channel 2015).
Modèle unificateur possible du MET des cellules ciliées
(Figure : vetopsy.fr d'après Zheng et coll)
3. Plusieurs protéines du complexe MET pourraient contribuer à la transmission des forces mécaniques entre le tip-link, la membrane plasmique et le canal MET.
a. Un complexe est formé par l'interaction étendue entre deux protéines LHFPL5 à quatre domaines transmembranaires chacune et un dimère de PCDH15 à un domaine transmembranaire chacune. Rappelons que PCDH15 constitue la partie inférieure du tip-link.