Territoire chez le chat : champs territoriaux
et voies de passage

Citation

« Nous devons nous y habituer: aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n'y a pas de signalisation. »

Ernest Hemingway

Sommaire

La notion de territoire est à l'heure actuelle remise en cause car il est souvent difficile de tracer les frontières entre :

  • domaine vital et territoire (variabilités saisonnières, de l'humeur, de la socialisation - infos),
  • défense active de l'occupant et évitement passif.

Les éthologistes, à l'heure actuelle, préfèrent parler de champs territoriaux.

  • Certaines aires sont réservées à des comportements bien précis (aire d'alimentation, d'élimination…).
  • Les chemins qui y conduisent sont balisés par des marquages, généralement odorants.

Le territoire est composé de nombreuses zones reliées entre elles par des voies de passage, véritables chemins, que l'animal emprunte et balise.

Organisation du territoire du chat

Champs territoriaux

On distingue trois grands types de champs territoriaux :

  • les champs d’activité,
  • les champs d’isolement,
  • le champ d’agression qui n'est pas un champ territorial à part entière.

Champs d'activité

Les champs d’activité sont des espaces correspondant à une activité spécifique.

Chats mangeantChez le chat, les champs d'activités sont :

  • les champs de chasse dont le nombre est variable car chaque proie (souris, oiseau…) se trouve dans un biotope particulier ;
  • le champ d'alimentation qui peut être différent des champs de chasses ;
  • les champs d'élimination ;
  • les champs de reproduction ;
  • les champs de jeu ;
  • les champs consacrés à l'interaction avec des sujets d'autres espèces.

La propreté reconnue du chat est une conséquence de cette organisation territoriale : il suffit de le mettre une fois dans sa litière pour qu’il en fasse son champ d’élimination spécifique.

Ces champs sont plus ou moins défendus contre les intrusions des congénères selon le type d'activités ( infos).

Dans les champs de jeu, les autres chats sont évidemment tolérés quand il s'agit de jeux sociaux. Lors de jeu solitaire, un autre individu peut ne pas être accepté ( infos).

Les champs de reproduction sont défendus jalousement contre l'intrusion des individus de même sexe, mais autorisés au sexe opposé en état physiologique adéquat ( infos)

Dans les champs de prédation ou d'alimentation, l'attitude de l'animal est variable en fonction de l'abondance de la nourriture. Toutefois, la prédation est un comportement solitaire chez le chat ( infos).

Toutefois, ces règles peuvent être modifiées en cas de surpopulation : des troubles comportementaux (anxiété de cohabitation par exemple) provoqueront des agressions répétées dans pratiquement tous les champs territoriaux.

Champs d'isolement

Chat dormant sur un toitLes champs d'isolement sont des espaces dans lesquels le chat ne veut pas être dérangé.

De ce fait, ces lieux sont souvent situés en hauteur pour éviter tout contact.

  • Le lieu d'isolement principal est le lieu de couchage qui peut servir de lieu de refuge en cas de besoin.
  • Chez des individus dont la socialisation est imparfaite, pratiquement tous les champs entrent dans cette catégorie.

Déranger un chat dans son champ d'isolement déclenche généralement une agression.

Toutefois, lors d'associations préférentielles, les chats peuvent dormir ensemble (apaisement ?) et partager les champs d'isolement.

Champs d'agression

Le champ d’agression ne peut pas être considéré comme un vrai champ territorial, mais correspond au volume délimité par la distance critique d'Edward T. Hall. Cette " bulle " est centrée sur l’individu : toute intrusion sera sanctionnée par une attaque violente.

Ce volume est fluctuant selon la socialisation et l’état physiologique ou émotionnel du sujet. Le chat est souvent considéré par certains auteurs comme possédant un double statut : proie et prédateur. Cela expliquerait les changements émotionnels rapides entre confiance béate et agression violente.

La conséquence la plus classique et la moins comprise par le propriétaire de cet état est celle du syndrome du chat caressé-mordeur.

  • Champ d'agressionPuis, au fur et à mesure, le chat commence à s’irriter : les pupilles se dilatent, la queue est agitée de va-et-vient saccadés. Le volume du champ augmente progressivement (zone orange).
  • Lorsque celui-ci devient supérieur au volume du chat, la sanction est immédiate puisque la main pénètre dans le champ d'agression : ne supportant plus le contact, le chat mord ou griffe (zone rouge).

Ce champ d'agression s'hypertrophie également lorsqu'un chat souffre (gingivite, arthrose…).

En conclusion, il ne faut pas se faire du territoire du chat une image rigide et figée (comme le plan d'une habitation par exemple) : les champs territoriaux sont comme des baudruches qui se gonflent ou se dégonflent en fonction des circonstances.

Voies de passage

Voie de passage d'un chatDes voies de passage, véritables chemins, relient les champs territoriaux les uns aux autres : une fois tracés, ils varieront peu car le chat les organise lui-même au cours de ses activités exploratoires.

Sur la photo ci-contre, le passage répété du chat sur le même chemin a fait disparaître l'herbe.

La stabilité de ce système est assurée par un balisage aux bornes de chaque champ ou sur les voies de passage ( infos).

Seuls des bouleversements environnementaux ou des troubles comportementaux modifient les itinéraires du chat.

Notions de proxémieGénéralités indispensables Champs territoriaux et voies de passage
Marquages territoriauxOrganiser le territoire du chat

Bibliographie
  • Giffroy J.M. (Prof. Université de Namur, Belgique) - L'éthogramme du chat - 3ème cycle professionnel des écoles nationales vétérinaires, Toulouse, 2000
  • Pageat (P) - Communication chimique dans l'univers des carnivores domestiques - Point Vétérinaire, fev 97
  • Dehasse J. - Tout sur la psychologie du chat - Odile Jacob, Paris, 604 p., 2005
  • Edition spéciale de l'action vétérinaire : supplément au numéro 1362 des 3 et 10 mai 1996.
  • Immelmann K. - Dictionnaire de l'éthologie - Pierre Mardaga, Liège-Bruxelles, 293 p., 1990