Olfaction chez le chien : acuité olfactive

Citation

« Ce n'est pas en suivant les pas d'autrui qu'on arrive à tracer son chemin. »

Jiang Zilong

Sommaire

Généralités sur l'acuité olfactive

L'acuité olfactive est définie en fonction du seuil de perception olfactive.

Ce seuil est le nombre minimal de molécules actives d'une substance donnée qui peut être perçu. En pratique, c'est la plus petite concentration de ces molécules odorantes dans l'air.

Le chien a une acuité olfactive bien plus élevée que l'Homme.

Les acides organiques de C1 à C8 sont les seules substances à avoir été étudiées objectivement. Les seuils de perception sont 100 fois plus faibles (1/1 000 000) chez le chien que chez l'homme.

Les substances qui participent à la constitution de la signature olfactive d'une personne humaine proviennent :

  • des sécrétions sudoripares (éléments minéraux, urée, acide lactique, acide urique, acides aminés, protéines comme la créatine et la créatinine…),
  • des sécrétions sébacées (squalène, cires, triglycérides…).

Les odeurs perçues lors du pistage peuvent également provenir :

  • de la compression de la terre,
  • de l'écrasement de la végétation,
  • de particules provenant des vêtements ou des chaussures de l'homme.

Un certain nombre de travaux donnent des informations sur l'acuité olfactive canine.

  • Le chien reconnaît l'odeur d'une main sur un objet après seulement deux secondes de contact.
  • Il détecte la trace odorante des doigts sur une vitre six semaines après, même si cette vitre a été manipulée par d'autres personnes.

Le chien est capable de différencier :

  • les odeurs des membres d'une même famille ;
  • les pistes de deux jumeaux univitellins à condition que chacun de ceux-ci ait tracé une piste. La région du corps d'où provient l'odeur (paume de la main, aisselle, plante du pied) n'a pas d'importance.

Un chien dressé à détecter les explosifs dans les aéroports est capable de trouver de très faibles quantités de ces produits (moins d'un gramme de Semtex dans 32 tonnes de bagages, par exemple)

Des anecdotes et des expériences limitées portant sur des ensembles de molécules non répertoriées mettent en évidence un pouvoir important de discrimination entre deux substances chez le chien.

La Justice de certains pays, comme l'Allemagne et la Hollande, accepte comme preuve l'identification d'une personne par un chien.

DingoLe sens d'une piste est déterminé par la comparaison de deux traces olfactives d'intensité différente.

  • L'odeur la plus forte est évidemment la dernière à avoir été déposée.
  • Toutefois, la différence d'intensité est faible, et ce, d'autant plus que la piste est ancienne.

De nombreux ouvrages profanes sur le dressage du chien pisteur prétendent qu'un chien de qualité suit le plus souvent la piste dans le sens où elle a été tracée. Les résultats des expériences scientifiques sont contradictoires et insuffisants pour tirer des conclusions.

Trois groupes d'expérimentateurs américains différents, à la demande de clubs de dressage, ont effectué une série d'expériences en utilisant 52 chiens pisteurs confirmés, appartenant à 20 races différentes (surtout des Bergers Allemands, des Saint-Hubert et des Labradors).

  • Une piste de 50, 100 ou 200 mètres (selon l'expérience) est tracée par une personne et un objet touché par cette personne a été déposé à chacune de ses extrémités. Le chien et son conducteur marchent contre le vent. Ils abordent la piste à angle droit et en son milieu. Le conducteur ignore le sens de la piste. L'épreuve est réalisée 15 à 60 minutes après que la piste a été tracée.
  • La conclusion de ces expériences est que le chien suit la piste, au hasard, soit dans le sens correct soit à contresens - en anglais, backtracking -.
  • Les auteurs ont également mis en évidence que les chiens ne semblent pas montrer une préférence systématique pour tourner à gauche plutôt qu'à droite ou l'inverse. Tout au plus existerait-t-il une préférence individuelle chez une faible proportion des chiens.

Une équipe européenne, travaillant avec un seul chien, a montré que, la plupart du temps, ce dernier suivait la piste dans le bon sens en comparant les intensités des odeurs des traces successives.

Variations de l'acuité olfactive

Selon la race

Nez de labradorL'acuité olfactive est variable selon les races de chiens :

  • chez le labrador : 220 millions de cellules réceptrices, 200 cm2 de muqueuse olfactive ;
  • chez le berger allemand : 200 millions et 200 cm2 ;
  • chez le fox : 147 millions et 85,3 cm2.

Pour comparaison, le chat possède 67 millions de cellules réceptrices et 20,8 cm2 de muqueuse olfactive (infos) contre 5 millions et 4 cm2 chez l'homme ( infos).

L'acuité dépend également de l'anatomie nasale (longiligne comme le lévrier, bréviligne comme le bouledogue) qui modifie le cheminement de l'air et son contact avec la muqueuse olfactive.  

Selon l'individu

Les bulbes olfactifs reçoivent de nombreuses afférences d'autres centres nerveux.

C'est pourquoi la motivation du sujet intervient dans l'acuité olfactive : les animaux rassasiés ont la réputation d'avoir un odorat moins fin que ceux qui sont affamés.

Chien et fleurCertaines hormones peuvent modifier, favorablement ou défavorablement, la perception olfactive. D'une manière générale, les femelles seraient plus sensibles aux odeurs que les mâles.

  • De fortes concentrations sanguines en hormones sexuelles (oestrogènes et progestérone) diminueraient l'aptitude olfactive.
    • Lors des chaleurs, la chienne serait presque anosmique.
    • Par contre, les chiennes gestantes auraient un très bon odorat dans les jours qui précèdent la parturition.
  • Chez le mâle, une injection de 100 mg d'acétate de testostérone provoquerait, quelques jours après, une augmentation de l'acuité olfactive.

Les facteurs héréditaires n'ont pas été, jusqu'ici, étudiés de manière systématique.

  • Les chiens de chasse, de pistage… sont sélectionnés sur leurs performances en concours ou sur le terrain et non sur une mesure objective de leurs aptitudes olfactives.
  • Or, les résultats en concours dépendent de cette aptitude, mais aussi d'autres facteurs, notamment liés à l'apprentissage.

Enfin, rappelons qu'avec le temps, le processus d'adaptation fait diminuer la sensibilité olfactive à une substance particulière : quand on est en présence d'une odeur pendant une longue période, on ne la sent plus. Une fatigue olfactive non spécifique peut également survenir.http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/deed.fr

Selon les facteurs environnementaux

Carlin dans le désertUne température élevée diminue l'acuité olfactive.

  • La substance occupe un volume d'air plus grand, mais sa concentration est moindre.
  • En outre, la chaleur baisse le degré hygrométrique de l'air ambiant, ce qui entraîne un assèchement de la muqueuse, défavorable à l'acuité olfactive.

Les meilleures conditions sont celles où le sol est un peu plus chaud que l'air, ce qui se produit habituellement en début de soirée.

Le vent fait circuler les émanations mais les disperse aussi. Il peut assécher l'air et le refroidir.

L'humidité élevée de l'air concentre les molécules odorantes hydrosolubles autour des gouttelettes d'eau en suspension dans l'air, ce qui les rend plus perceptibles.

Un terrain humide conserve mieux les senteurs qu'un terrain sec. Par contre, la pluie ou la neige diminueraient l'acuité olfactive

La baisse de la pression atmosphérique et un temps orageux gênent le pistage des chiens de travail. Le mécanisme d'action est inconnu.

Sens chimiquesSens du goût (gustation)Olfaction
Cavité nasale et muqueuse olfactiveVoies olfactives
Perception phéromonaleOrgane voméro-nasal et voies ascendantes
Olfaction du chienOlfaction du chat
Communication olfactive

Bibliographie
  • Giffroy J.M. (Prof. Université de Namur, Belgique) - L'éthogramme du chien - 3ème cycle professionnel des écoles nationales vétérinaires, Toulouse, 2000
  • Pageat P. - La communication chimique dans l'univers des carnivores domestiques - PV, vol 28, n°181, 1997
  • Vadurel A., Gogny M. - L'odorat du chien : aspect physiologiques et facteurs de variation - PV, vol. 28, n° 181, 1997
  • Leroy Y. - L'univers odorant de l'animal - Boubée, 375 p., 1987
  • Brossut R. - Phéromones : la communication chimique chez les animaux - CNRS Editions, Paris, 143 p., 1996
  • Wyatt T.D. - Pheromones and animal behaviour : communication by smell and taste - Cambridge University Press, 391 p., 2003
  • Université d'Oxford - Dictionnaire du comportement animal - Robert Laffont, Paris, 1013 p., 1990
  • Immelmann K. - Dictionnaire de l'éthologie - Pierre Mardaga Editeur, Liège, 296 p., 1990
  • Pageat P. - Pathologie du comportement du chien - Editions du Point Vétérinaire, Maisons-Alfort, 384 p., 1998
  • Gaultier E. - Communication canine - 3ème cycle professionnel des écoles nationales vétérinaires, Toulouse, 2000